A Brest, la parole des habitants saffiche à la une dune douzaine de journaux de quartier, véritables médias indépendants et néanmoins soutenus par la collectivité. Réalisés par et pour les habitants, ils se font le reflet de lopinion populaire, de ses réalités, de son engagement dans la vie de la cité. Une initiative unique dans le département.
"Tous ceux que nous avons rencontrés ont été étonnés du succès des journaux de quartier de Brest. Chez eux, cela ne prend pas ", commente Hakima Habibi, chargée daccompagner les journaux de quartiers pour le compte du service municipal de la démocratie locale.
Le fait est que la Bretagne ne semble pas constituer un terreau véritablement propice à léclosion de telles initiatives. En la matière, seule la ville du Ponant tire son épingle du jeu, avec une douzaine de parutions recensées en 2003.
La citoyenneté en marche
" Ailleurs, la politique est différente. Ici, malgré les subventions et le suivi qui est offert aux journaux, ceux-ci gardent une réelle indépendance. La collectivité les subventionne, mais leur laisse toute liberté de ton ", souligne Hervé Lestideau, animateur au service culturel de la Fédération des uvres laïques, partenaire de la municipalité sur ce dossier. Inutile de chercher la petite bête : il suffit de feuilleter un à un les journaux des quartiers brestois pour se convaincre de la réalité de ces discours. De page en page, les mots des habitants reflètent leurs humeurs, leurs réalités, leurs quotidiens, et cest bien là lobjet de toute lopération.
" Ces journaux se situent dans des quartiers visés par le contrat de ville. En donnant la parole aux habitants, on leur permet de se valoriser comme de valoriser leurs quartiers ", rappelle Hakima Habibi. Une volonté qui saccompagne de moyens sonnants et trébuchants : chaque année, un budget de 30 000 euros est consacré à lédition et limpression, tandis que la municipalité finance plus globalement les formations régulièrement dispensées aux équipes. Mise en page, photo
Ou même apprentissage de prise de parole en public : par le biais du journal, cest laccès à la citoyenneté qui se met en uvre. " La formation a permis de voir les journaux évoluer dans leur forme. Mais on voit aussi les gens changer, prendre plus dassurance, avoir envie de sexprimer ", se réjouit la jeune femme.
Un modèle appelé à sexporter
Réunies au sein du collectif des journaux de quartiers, les équipes de rédaction se rencontrent une fois lan, pour poursuivre un peu plus loin la démarche, échanger leurs pratiques, pérenniser leur action. Une dynamique qui fait des envieux : lan passé, la ville de Nantes est venue sinspirer du modèle brestois, pour se lancer à son tour dans laventure des journaux dhabitants.
Pas de quartier pour lexclusion
Lavis de la cité nest pas à proprement parler un journal de quartier. Pour autant, dans la forme comme dans le fond, il participe à lesprit citoyen de la formule.
Créé en 1996, sous la houlette de lassociation Zef communication, ce journal un peu à part est né dune volonté aujourdhui encore intacte : celle de se donner les moyens de lutter contre lexclusion. Composée principalement de personnes en recherche demploi, ou même en formation, léquipe de Lavis de la cité se fait le médium dun retour à la socialisation. " Lécriture permet de reprendre confiance en soi, de reprendre aussi des relations sociales ", confirme Dominique Massé, lune des rédactrices.
5 000 exemplaires
Dans les colonnes trimestrielles de ce journal de 12 pages, des infos pratiques sur la ville, des points de vue, mais aussi des sujets sur ce qui fait la vie brestoise. Bref, de quoi refléter la vie de la cité, comme les avis de ceux qui la peuplent. Tiré à 5 000 exemplaires, le journal fait désormais partie des habitudes de lecture de nombreux Brestois qui le retrouvent aussi bien dans les administrations, que dans certains cafés, etc. Seul point noir : le va-et-vient des bénévoles. Doù un appel à toutes les bonnes volontés : " Tous seront les bienvenus, quils aient besoin décrire ou tout simplement de renouer des relations sociales ", indique Patrick Le Gall, vice-président et secrétaire de la parution.
Rens. : 02 98 46 09 48/06 16 10 22 51. Réunions de rédaction au local du 63, rue Jean-Macé, le vendredi de 15 h à 17 h.
Redécouvrir la vie du Haut des tours de Kérédern
Un petit détour par Kérédern, ou plutôt une vraie incursion dans la réalité dun quartier par trop (mal) connu des Brestois : au début de chaque période de vacances scolaires (hormis lété), le Haut des tours de Kérédern vient proposer aux habitants du quartier de " redécouvrir toute la vie de Kérédern ".
En six pages, le journal se donne pour objectif dinformer ses lecteurs sur la face positive des événements qui font vivre le quartier. Et depuis douze ans, toujours alimenté par larrivée de nouveaux rédacteurs, le " canard " remplit son rôle. Ici, pas de chef, encore moins de rédacteur en chef : " Nous nous réunissons en moyenne quatre à cinq fois pour faire un numéro de A à Z, depuis la recherche des sujets jusquà la mise en page. Et chacun, à un moment ou à un autre, sera amené à écrire ", souligne Josette, lune des rédactrices. " On saperçoit quon ne voit pas tous le quartier de la même façon. Ecrire ici, ça permet aussi de mieux connaître le quartier, de faire attention à des choses quon ne voyait pas avant ", estime Monique, elle aussi rédactrice.
Outil dintégration
Basé dans les locaux du centre social de Ty-An-Holl, le comité de rédaction bénéficie des moyens techniques de la structure, ainsi que du suivi dAnne Roudaut coordinatrice du journal. Pour le reste, chacun, ou plutôt chacune puisque les plumes du canard de Kérédern ne se déclinent pour lheure quau féminin, apporte sa patte pour faire de ces six pages un tout cohérent, un ensemble apte à donner envie aux habitants dici de regarder leur environnement dun autre il. " Le quartier pâtit dune sale image qui ne lui correspond plus ! Mais pour faire passer ça
", soupire Monique. Sandra, elle, avoue volontiers que le journal la aidée à sintégrer dans une cité quelle ne voulait pas vraiment connaître. " Je venais dune cité, à Paris
Avec le journal, jai été agréablement surprise : il y a en fait tout un tas de choses qui se passent ici ! "
Certaines donnent leurs recettes, dautres recueillent les vécus des habitants, dautres encore se chargent du sujet dactualité. Conseils de lecture, info sur les événements à venir dans le quartier, mais aussi sur la ville
Les rubriques se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Sauf sur un point : lenvie de redorer le blason dun quartier que tous, au sein du journal, savent bien différent de limage quil traîne depuis trop longtemps.